Je vous invite à lire la tribune de Guy Verhofstadt dans le journal belge Le Soir : c’est ici.
Pour ma part et sur ce point, je partage tout à fait son point de vue.
Extraits :
« (…) C’est ici que nous arrivons peut-être à la conclusion la plus choquante de Copenhague : l’Europe n’était pas invitée à la table des Grands. Pas un pays européen, pas la France, pas l’Allemagne et pas non plus le Royaume-Uni. Et encore moins, l’Union comme telle (…)»
« La question est de savoir si c’est ici qu’on laisse tomber, faisant le constat que notre temps est passé ? C’est peut-être une option réaliste, mais c’est également une option dangereuse. Cela signifiera alors qu’à partir de maintenant, nous laissons des pays décider sans nous. Que les arguments qui sont ceux de l’Europe pour un monde de la démocratie et des droits de l’homme ne seront plus écoutés. Cette Europe-là deviendra de plus en plus la Suisse du monde (…)»
« Copenhague est le signal qui indique que l’Union européenne doit devenir une union politique, une fédération politique. Les Etats membres de l’Union européenne n’ont finalement pas le choix : soit ils font entendre leur voix via l’Europe, soit on ne les entendra plus. La leçon de Copenhague ne peut pas être plus claire.»
Aujourd’hui on peut faire la même constatation que celle que j’écrivais, comme beaucoup d’autres, déjà en 2003 (dans un mémoire sur « l’Europe puissance» ) :
« Les citoyens européens sont victimes d’un grave déni : ils vivent dans des États dont les attributions ont été quelque peu démantelées mais dans une Union qui ne les a que très partiellement récupérées et qui n’a pas été dotée d’un gouvernement. Ainsi, en l’absence d’un projet politique cohérent, l’Europe apparaît comme un lieu vide de la souveraineté, un gouvernement par des règles, plutôt qu’un gouvernement par des choix. Les Européens ont été dessaisis de choisir leur avenir, chacun dans son État, et on les a privé d’un droit réel et entier à choisir leur destin collectif. C’est de cette tragédie dont il faut sortir.»
(…)
« Si la mondialisation actuelle, une mondialisation dont la globalisation économique ne représente que l’une des faces, la plus motrice avec les révolutions technologiques en cours, est un état de fait, elle va moins de pair avec une démocratisation de la planète qu’avec une fragmentation des territoires. Loin d’être un facteur d’unification, elle contribue trop souvent à séparer les mondes. Lui répondre sur le plan des valeurs est un défi central car la fragmentation spatiale fragilise l’esprit urbain. Seules des valeurs inscrites dans une histoire permettront de répliquer à une Amérique ‘triomphante’ et de rassurer les puissances émergentes (Chine, Brésil-Argentine, Inde, Russie). C’est-à-dire à donner un sens historique aux valeurs européenne mais aussi à l’Union européenne.
Ce sens historique, c’est l’ambition attrayante d’une Europe politique puissante non impérialiste ni impériale, d’une fonction de modèle pour d’autres espaces à condition d’être prête à défendre son modèle de vie en société (un autre rapport à l’argent et à la production, un autre modèle social, un autre rapport à la vie, un autre rapport à la sécurité aussi), d’une alternative rassurante.»
Nicolas Cadène
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