Archive for the Category ◊ Débats sociétaux ◊

• Mercredi, août 25th, 2010

Philippe Guglielmetti, PDG de l’armateur breton Arcoa :

« Notre clientèle est européenne, issue de grandes familles, peu sensibles à la crise. Ce ne sont pas des gens qui ont des fortunes énormes. Ils ont un patrimoine autour de 200 millions d’euros» 

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• Jeudi, juin 17th, 2010

Je partage point par point la réaction de Ségolène Royal qui a dénoncé un triple reniement :

1/ Nicolas Sarkozy avait promis, dans la campagne présidentielle, de ne pas toucher à la retraite à 60 ans. C’est un premier reniement, et le plus grave.

2/ Il avait promis « travailler plus pour gagner plus ». Avec cette réforme, pour la même durée de travail, les retraites vont baisser. C’est travailler plus pour gagner moins.

3/ Il avait promis une réforme équitable . Non seulement le capital est peu mis à contribution et le bouclier fiscal qui protège les grandes fortunes est maintenu, mais en plus, ce sont les plus précaires qui sont frappés :
- les métiers pénibles ne sont pas pris en compte. Il faudra prouver une incapacité physique de 20% pour garder le droit à la retraite à 60 ans ! C’est l’hôpital ou la retraite !
- les femmes dont les retraites vont encore baisser car elles ont des durées de cotisation déjà incomplètes.
- les jeunes dont le chômage, déjà très élevé, va s’aggraver.

La gauche et les forces sociales doivent  mettre en échec cette politique injuste et avancer une réforme juste et efficace.

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• Samedi, mai 22nd, 2010

C’est l’hôpital qui se moque de la charité !

C’est incroyable que le responsable des plus graves déficits qu’ait connu la France de la cinquième République (d’abord en tant que ministre du budget en 1993 puis en tant que chef de l’État) vienne donner des leçons aux collectivités locales !

Ce n’est hélas pas un hasard si la crise grecque peut déboucher sur une crise espagnole, puis portugaise, puis française.

Je rappelle que les collectivités locales font plus de 75% des investissements publics, qu’elles n’ont pas le droit d’être en déficit et qu’elles sont faiblement endettées (9%).

Le déficit c’est l’État, l’investissement ce sont elles !

Tout cela procède de la concentration des pouvoirs et de l’étranglement de la décentralisation puisque les collectivités seront privées à partir de 2011 de la maîtrise du levier fiscal.

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• Mardi, avril 06th, 2010

Un grand patron s’adressant à un salarié :

« Si on baisse mon salaire, je pars en Suisse. Si on augmente le votre, je pars en Chine» 

« Je gagne 150 fois votre salaire parce que je travaille 5 250 heures par semaine» 

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• Jeudi, mars 04th, 2010

Nicolas Sarkozy a donc annoncé une série de mesures pour une nouvelle politique industrielle française.

Avant toute chose, rappelons que la politique industrielle ne peut être efficace que sous certaines conditions qui vont de la stabilité politique à l’éducation en passant par l’existence d’une classe dirigeante intéressée au développement du pays. Il n’est pas certains que ces simples conditions soient aujourd’hui parfaitement réunies en France. Dans ces conditions, les propositions dont a fait part le chef de l’État sont au mieux utiles mais parfaitement banales, au pire naïves et bien insuffisantes.

Nous savons que notre industrie a subi une érosion rapide durant la décennie 2000 : sa part dans la population active est passée de 16% à moins de 13% ; sa part dans la valeur ajoutée a chuté de 22% à 16%. Nous savons aussi que le cas français fait écho à la situation de toute l’Union européenne, incapable de se doter d’une stratégie industrielle comme le montre l’échec du processus de Lisbonne.

Les conséquences économiques de la désindustrialisation de la France et de l’Europe sont évidentes : baisse des normes sociales et perte d’emplois qualifiés, concurrence des pays émergents dans les secteurs à haute valeur ajoutée, échec de la transition écologique que permettraient les technologies propres.

Depuis plusieurs mois, plusieurs responsables socialistes et quelques ‘think tanks’ se sont penchés sur la problématique industrielle. Nous saluons d’ailleurs l’intéressant travail mené par Terra Nova et, au PS, par le secrétariat national à l’industrie.

Souhaitant répondre aux formulations de Nicolas Sarkozy, nous tenons ici à mettre en avant quelques pistes qui nous semblent essentielles pour assurer la pertinence et l’efficacité de toute politique industrielle :

- La nécessité d’une ‘Europe puissance’. Cela fait bien longtemps que l’on défend ce concept désormais approuvé de tous (ou presque) mais rien ne bouge tant les intérêts corporatistes (à court terme) de certaines entreprises couplés à un souverainisme des politiques de droite semblent insurmontables. Pourtant, seule une UE forte peut permettre la mise en œuvre effective de grands projets industriels et l’affirmation d’une stratégie européenne qui pondérera la priorité donnée à la monnaie et à la concurrence. Cela peut supposer la création d’un grand ministère européen de l’Industrie (MITI européen).
- Surtout, seule une Europe puissance aura la capacité de mettre un terme réel aux paradis fiscaux et de garantir de nouvelles régulations économiques internationales remédiant aux distorsions de concurrence créées d’une part par les désalignements monétaires et d’autre part par les écarts de normes environnementales et sociales.
- C’est ainsi que pourront être proposées des « écluses fiscales»  aux frontières de l’Union sur les produits ne respectant pas les normes environnementales et sociales internationales. L’Europe ne peut pas imposer à ses propres entreprises des standards écologiques et sociaux auxquels échapperaient totalement les produits importés du reste du monde.
- Nous devons aussi radicalement modifier notre conception de l’entreprise en y installant la cogestion et une meilleure représentation des salariés (30% dans les conseils d’administration par exemple).
- En parallèle de la refonte nécessaire du crédit d’impôt recherche (qui aujourd’hui bénéficie d’abord aux grands groupes), il nous faut soutenir et faire grossir les PME, notamment via des aides publiques davantage orientées vers elles.
- Il est également nécessaire de mieux orienter la dépense publique vers les investissements d’avenir, au premier rang desquels figurent ceux à mobiliser au profit de
l’économie de la connaissance et de l’innovation industrielle.
- Cela suppose aussi le renforcement de l’éducation, de la recherche, des énergies renouvelables et de l’aménagement du territoire : si certains investissements ne sont pas rentables directement (et ne sont donc pas portés par le marché), ils ont néanmoins une rentabilité indirecte en contribuant à accroître le potentiel de croissance du pays en créant un environnement favorable.
- À l’inverse de la politique rétrograde du gouvernement actuel, renforcer les collectivités locales pour renforcer la qualité des infrastructures est primordiale. Un environnement économique favorable suppose des réseaux de transport, de communication, de distribution d’eau et d’énergie d’excellence.
- La protection du modèle social français et des services publics est un autre préalable : les dépenses sociales ont certes un coût, mais elles permettent aussi une mutualisation favorable aux entreprises.
- La question du coût du travail (élevé en France) ne peut être occultée Nous devrons donc moduler l’impôt sur les sociétés en fonction des bénéfices réinvestis ou versés sous forme de dividendes.
- Mesure plus simple mais non moins pertinente, pour favoriser certaines bonnes pratiques il s’agira de fournir une meilleure information aux consommateurs-citoyens.
- Quant aux pôles de compétitivité, ils devront être revus sous deux angles : la gouvernance, aujourd’hui défaillante, doit être réformée en donnant un vrai rôle d’orientation stratégique à l’État et aux régions ; la constitution de pôles de compétitivité européens doit devenir effective.
- Enfin, cela est connu mais finalement peu pratiqué : la conditionnalité stricte des aides publiques aux entreprises doit être appliquée et les fermetures de sites pour des raisons financières découragées fiscalement et juridiquement.

Jean-Louis Bianco & Nicolas Cadène

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• Mercredi, mars 03rd, 2010

Depuis 1998, la Commission européenne n’avait plus délivré d’autorisation pour des cultures OGM dans l’UE et le maïs MON810.

Sa décision, aujourd’hui, d’autoriser la commercialisation de  nouveaux OGM est un véritable coup de force alors que les citoyens et consommateurs européens sont de plus en plus nombreux à demander que le principe de précaution l’emporte sur les intérêts des grands groupes agroalimentaires.

Six pays européens ont déjà interdit la culture du Mon 810, et onze demandent à pouvoir interdire toute culture d’OGM sur leur territoire. Par sa décision, le Président Barroso confirme sa volonté d’ouvrir largement l’agriculture européenne à la culture des OGM.

Le gouvernement français doit réagir avec fermeté. À titre préventif, le moratoire français sur le Mon 810 doit être étendu aux nouveaux OGM dont la commercialisation vient d’être autorisée.

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• Mardi, mars 02nd, 2010

La ministre de la Justice confirme la volonté de Nicolas Sarkozy de supprimer le juge d’instruction. Cela aboutit à donner les pleins pouvoirs aux procureurs sans que rien ne soit fait pour garantir leur indépendance.

Les craintes dont le monde judiciaire faisait part il y a peu sont donc confirmées. L’architecture de l’avant-projet du futur code de procédure pénale est celui d’un parquet soumis au pouvoir politique et omniprésent avec en face un nouveau juge à tout faire baptisé « juge de l’enquête et des libertés»  (JEL).

Comme le rappelle le syndicat de la magistrature, le destin de la défense s’apparente quant à lui « à celui d’un alibi procédural» .

Dans ce projet, un mécanisme sera sans doute très utile lorsque des proches du pouvoir seront menacés d’incarcération ou même d’un cautionnement… En effet, le JEL ne pourra envisager de placer une personne sous contrôle judiciaire ou en détention provisoire que si le procureur de la République requiert l’une ou l’autre de ces mesures.

Malgré les (déjà) très nombreuses condamnations de la France par la Cour européenne des droits de l’Homme, cette réforme aggrave la situation et consacre encore un peu plus le pouvoir du parquet et ainsi la fin de l’indépendance de la justice.

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• Jeudi, février 25th, 2010

Hausse du chômage, situation aggravée pour les plus pauvres… Un tableau noir dressé par l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion, dans son rapport sur ses dix ans d’activité, publié ce jeudi.

Libération rappelle les principaux enseignements (inquiétants) de ce rapport : c’est ici.

Extrait : « Le taux de personnes vivant en-dessous du seuil de pauvreté (moins de 60% du revenu médian, soit 908 euros par mois) n’a guère évolué, passant de 13,6% à 13,4% de la population entre 1998 et 2007, ce qui représente plus de huit millions de personnes en 2007. La proportion de la population subsistant avec 40% du revenu médian (soit 602 euros) a, quant à elle, augmenté de 2,1% en 2002 à 3,1% en 2007. Ils étaient 1,8 million dans ce cas il y a trois ans. »

Rappelons également que :

- Environ 15% des salariés français occupent un emploi précaire (CDD, intérims, contrats aidés), soit 3 millions de personnes.

- Si on ajoute les temps partiels subis (6%), nous atteignons environ 21% de salariés ayant un « emploi précaire » soit 4.5 millions de personnes.

- Le seuil de pauvreté est d’environ 900 euros mensuels pour une personne seule (le SMIC est 1 056 euros net par mois). Environ 1.9 millions de travailleurs (soit près de 9% des actifs) sont en-dessous de ce seuil.

- Mais environ 4 millions de travailleurs – soit près de 18% des actifs – disposent de revenus individuels d’activité (on ne tient pas compte là des revenus du ménage) inférieurs à 60% du revenu médian (environ 1 550 euros) et peuvent donc être considérés comme pauvres.

- Une bonne partie de la pauvreté au travail résulte du temps partiel. Au total, près de 40% des actifs en temps partiel disposent de revenus inférieurs au seuil de pauvreté à 60%.

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• Vendredi, février 19th, 2010

Le magazine Capital revient sur le ‘gaspillage des élus locaux’ dans son numéro de ce mois.

Grand classique, ce type ‘d’enquête’ relève de la démarche populiste qui consiste à mettre en évidence des gaspillages, certes souvent choquants, mais sans jamais traiter ceux bien plus conséquents des grands groupes privés ou encore de l’État central lui-même.

Bien entendu, jamais ne sont évoquées les gestions exemplaires de certains élus, pourtant bien réelles et répandues sur le territoire.

Pour mettre un terme à un débat biaisé, il faut rappeler que :

- Plus de 70% des élus locaux sont des conseillers municipaux qui ne perçoivent aucune indemnité.
- Plus de 95% des dépenses supplémentaires des collectivités locales sont dues aux compétences qui ont été transférées par l’État.
- L’endettement des collectivités ne représente que 6% du PIB alors qu’il en représentait plus de 7% en 1995.
- La dette des collectivités locales ne représente que 10% de la dette totale du pays, alors que les collectivités locales représentent 73% de l’investissement public.
- L’investissement des collectivités territoriales génère une activité économique représentant le maintien direct ou indirect de près de 900 000 emplois répartis entre la construction, les services et l’industrie.
- Depuis 2003, l’accroissement de l’investissement public local a permis de créer 200 000 emplois dans le privé. Sur la période 2003-2006, il a contribué pour un point à la croissance du PIB.

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• Dimanche, novembre 08th, 2009

Il y a vingt ans tombait le mur de Berlin. Quel symbole et quel bonheur pour le peuple allemand de se réunir alors. On espérait une mondialisation qui ré-ouvrirait bien des frontières, à l’image de ce qui se passait au sein de l’Union européenne.

Mais aujourd’hui des murs sont toujours là (comme celui entre les deux Corée) et certains ont même été érigés (comme celui séparant Israël des territoires palestiniens, condamné par la Cour Internationale de Justice et l’ONU).

Il y en a qui sont d’abord des frontières (comme ceux de Chypre, du Cachemire ou de Belfast) et d’autres qui marquent surtout un repli sur soi (comme celui entre les États-Unis et le Mexique ou la barrière de Ceuta et Melila en Espagne). Tous se caractérisent par une peur du voisin et la volonté de s’isoler, de rester entre semblables.

Construire un mur, c’est cacher à la vision un voisin dont la présence est devenue politiquement insupportable. C’est renoncer aux solutions politiques et humanistes pour s’enfermer dans des positions définitives et bloquées.

En plus d’être là pour séparer les Hommes ou les retenir, ils sont la cause indirecte de milliers de morts. Ces barrières infranchissables (sous peine d’être pris pour cible par un garde) incitent de nombreuses personnes à passer les frontières par les mers sur des embarcations de fortune ou par les airs dans des conditions toujours plus folles et plus dangereuses.

Chaque mur traduit l’échec du dialogue, du politique. Chaque mur marque de sa sinistre présence la victoire des rancœurs, de l’intolérance et de la brutalité. Un mur n’a jamais résolu le moindre problème, il ne prétend que le contenir. Ce qui se conçoit d’une prison ne devrait pas être envisageable pour une région, un pays.

Un mur, c’est la politique dans le court terme, or retarder n’est pas empêcher. On n’entrave pas le cours de l’histoire avec du béton et des barbelés. Ceux qui construisent les murs construisent un message politique brutal et démagogique.

Aujourd’hui, si les marchandises et les flux financiers disposent d’une totale liberté de circulation, il n’en est rien concernant les Hommes.

Cette mondialisation purement économique n’est pas la marque d’identités qui se mélangent et se grandissent de ce métissage. Elle se caractérise plutôt par un repli identitaire et une peur de l’autre grandissante. Le mur de la honte en Israël en est un exemple évident, mais chez nous, les périphériques, les barres HLM et les quartiers riches et pauvres de plus en plus isolés les uns des autres en sont aussi une traduction…

Enfin, le débat lancé par Éric Besson, qui lie de façon scandaleuse l’identité nationale à la lutte contre l’immigration, qui nie l’évolution de l’identité par le brassage culturel, nous révèle finalement qu’aucune leçon n’a été tiré de la chute du mur de Berlin.

Rappelons ce que François Mitterrand disait au Parlement européen le 17 janvier 1995 : « Chacun [voit] le monde de l’endroit où il se [trouve], et ce point de vue est généralement déformant. Il faut vaincre les préjugés. Il faut vaincre [son] histoire, sinon, il faut savoir qu’une règle s’imposera : le nationalisme c’est la guerre» . Monsieur Besson n’a rien compris et, avec lui, ceux qui se réjouissent de la chute d’un mur alors même qu’ils en construise mille autres. Ils seraient plus inspirés de se taire que de pérorer sur le sens de cet évènement duquel, à l’évidence, ils ont été incapable de tirer la moindre leçon.

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Nicolas Cadène & Jean-Louis Bianco

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• Jeudi, août 20th, 2009

Le Conseil d’État vient en effet de rappeler que la Charte de l’environnement impose le recours à la loi en matière d’information sur les OGM.

Le gouvernement devra donc engager un nouveau débat parlementaire sur les OGM. Comme l’a révélé le site Rue89, ce sont plusieurs dispositions d’un décret de 2007, relatives à l’information du public, qui ont été sanctionnées.

Le texte dans son ensemble visait à réglementer la culture d’organismes génétiquement modifiés. Dans son arrêt du 24 juillet, la haute juridiction invite l’exécutif à faire adopter une loi remplaçant les articles invalidés d’ici au 30 juin 2010…

Au-delà même du débat sur les OGM, cette exigence d’un minimum de transparence sur un sujet si délicat est évidemment une bonne nouvelle.

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• Jeudi, juillet 30th, 2009

CO2 written in clouds in the skyLa « taxe carbone»  (ou « CCE» ), qui touchera toute consommation d’énergie (transport, chauffage, etc.), suscite un important débat.

Si nous sommes d’accord avec le principe (inciter à une moindre consommation énergétique), cela ne doit pas être au détriment du pouvoir d’achat de la majorité des ménages.

Cette mesure ne peut pas être comprise par les Français si elle n’est pas accompagnée, voire précédée, d’une remise en cause du paquet fiscal, injuste socialement, qui bloque chaque année 14 milliards d’euros au profit d’une frange infime (la plus aisée) de la population.

Dès à présent nous devons également négocier une éco-redevance pour décourager le transport camion, encourager les éco-industries par une TVA tendant vers zéro, afficher clairement les normes environnementales comme des critères à part entière dans les négociations de l’OMC.

Aussi, la « taxe carbone»  ne doit pas occulter la nécessité de demander (au moins au niveau européen) plus d’efforts aux industries les plus polluantes. Or, Nicolas Sarkozy souhaite consacrer les recettes de la taxe carbone à des baisses en faveur des entreprises, notamment à celle de la taxe professionnelle! Cela constituerait une véritable provocation. Les industries les plus polluantes seront en effet exonérées de la taxe carbone au motif qu’elles sont déjà soumises aux quotas européens d’émissions de gaz à effet de serre…

En réalité, la « CCE»  ne sera juste socialement que si les sommes perçus sont reversés équitablement  intégralement et de façon à inciter ceux qui le peuvent à réduire leur consommation. Les ménages modestes en zones rurales ou qui habitent un logement ancien très mal isolé subissent leur environnement et ne pourront pas moins consommer. Il faudra donc distribuer un « chèque vert»  plus substantiel aux ménages appartenant à cette catégorie des très captifs. À simple titre d’exemple, si l’on évalue le coût de la taxe à plus ou moins 100 euros par an par ménage, cela reviendrait à distribuer un chèque de 90 euros à 20 millions de ménages (ceux qui peuvent diminuer leur consommation d’énergie) et de 110 euros aux 6 millions de ménages considérés comme « très captifs» .

Pour être efficace et juste, cette nouvelle mesure doit remplir trois conditions : s’accompagner d’une relance des énergies nouvelles, d’une taxe plus forte touchant les industries polluantes et d’une redistribution intégrale et équitable.

Jean-Louis Bianco & Nicolas Cadène

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• Mardi, juillet 28th, 2009

Michel Rocard remet aujourd’hui à Jean-Louis Borloo son rapport sur la taxe carbone. La taxe carbone aussi appelée « Contribution climat énergie»  vise, en renchérissant les prix de l’énergie fossile (fioul, essence, gaz, etc.) utilisée dans les transports et pour les chauffages, à faire baisser le niveau des émissions de gaz à effet de serre (CO2) responsable du réchauffement climatique. Elle s’appliquerait aux entreprises et aux ménages.

Cette taxe pourrait rapporter 8 milliards d’euros sur la base d’une tonne de CO2 facturée 32 euros dans l’immédiat (puis jusqu’à 100 euros en 2030). Elle représenterait un coût de l’ordre de 7 centimes par litre de carburant et une hausse de 10% pour les ménages chauffés au gaz, soit au total un coût moyen de 300 euros par an et par ménage.

Est-il possible de créer une taxe carbone écologique efficace et social acceptable?

En effet, ou son montant est relativement élevé et cela peut pénaliser à court terme certains secteurs économiques et diminuer le pouvoir d’achat ; ou bien le montant est trop faible et la mesure est peu efficace.

C’est pourquoi, une redistribution par le biais d’un « chèque vert » (avec une plus grande compensation aux ménages ruraux qui sont particulièrement captifs des déplacements routiers et dont la surtaxation serait injuste) est une condition sine qua non de l’acceptation de cette nouvelle taxe.

L’ensemble des recettes fiscales doit être restitué aux consommateurs et ne doit pas servir, contrairement à ce qu’a annoncé Nicolas Sarkozy, à combler la suppression éventuelle de la taxe professionnelle…

Par ailleurs, on constate que le progrès technique permet déjà, en réalité, de réduire les besoins en énergie des objets et d’accroître les ressources en énergie sans contenu en carbone. Mais les énergies nouvelles n’étaient guère soutenues jusqu’à très récemment et rencontrent de nombreuses résistances comme par exemple celles du lobby automobile. Cette taxe ne doit pas occulter la nécessité de taxer les énergies les plus polluantes. Évidemment, cela devrait se faire au moins au niveau européen

À ce propos, nous rappelons les propositions déjà présentes dans le pacte présidentiel (2007) de Ségolène Royal : négocier une éco-redevance pour décourager le transport camion, encourager les éco-industries par une TVA tendant vers zéro, afficher clairement les normes environnementales comme des critères à part entière dans les négociations de l’OMC, etc.

Jean-Louis Bianco & Nicolas Cadène

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• Lundi, mars 02nd, 2009

libreechangeCes quarante dernières années, le libre-échange a-t-il oui ou non permis le développement des États ? Par développement, entendons celui économique mais aussi social. Retenons comme définition du libre-échange celle classique d’un système de commerce international reposant sur l’absence de barrières douanières et non douanières à la circulation des biens et des services. Au sens de l’OMC, la notion ne s’étend pas aux mouvements de travailleurs.

Selon ses défenseurs, le libre-échange favorise à long terme le développement économique général et permet d’obtenir une meilleure efficacité en permettant une utilisation optimale des facteurs de production par la spécialisation géographique de chaque pays et région (cela renvoyant à la « théorie de l’avantage comparatif»  assez bien expliquée sur Wikipedia).
Il s’agirait alors d’un système gagnant-gagnant.

Mais sans être révolutionnaire cette vision peut-être considérée comme étant trop optimiste et même assez simpliste, ne prenant pas en considération bien des spécificités et évolutions du marché mondial (ici, on peut renvoyer aux travaux de Thomas Piketty et Paul Krugman).

Pour ses détracteurs, le libre-échange provoque des coûts d’ajustement (en terme d’emplois, d’activités, etc.) aux chocs créés par l’ouverture sur le marché extérieur. Il entraîne aussi l’apparition d’une contrainte exogène sur les politiques économiques nationales, qui deviennent plus difficile à mener afin de rechercher à réduire le chômage. Enfin, certaines catégories sociales peuvent être défavorisées par une libéralisation des échanges.

Cette vision est trop stricte et n’est pas plus exacte. Ce qui y est décrit n’est pas systématique et oublie les aspects positifs engendrés par le libre-échange.

Le mieux reste de faire l’analyse de la pratique du libre-échange pur (tel que défini plus haut) à partir de cas concrets depuis les années 1960 : les États d’Amérique latine et d’Asie du sud-est.

Au début des années 1990, les partisans du libre-échange citaient effectivement systématiquement l’exemple du développement des « tigres asiatiques»  et du « dragon»  sud-coréen, considéré comme la preuve de l’efficacité de l’ouverture des frontières à la mondialisation sans contrainte.

Mais à mon sens, cela était plus une explication commode qu’une réalité. À mon sens, Naomi Klein l’explique remarquablement dans son essai La stratégie du choc. À l’occasion de différentes conférences, Joseph Stiglitz également.

Alors, rappelons que l’expansion des « tigres»  n’était pas due au seul libre-échange, loin de là. La Malaisie, la Corée du Sud, la Thaïlande maintenaient des politiques très protectionnistes qui interdisaient aux étrangers d’acheter des entreprises nationales et de posséder des terres.
L’État jouait effectivement un rôle prépondérant dans ces pays et les secteurs clés comme les transports ou l’énergie demeuraient à 100% publics.
Pour bâtir et consolider leurs propres marchés intérieurs, les « tigres»  avaient également fait obstacle à de nombreuses importations en provenance du Japon, de l’Amérique du Nord et de l’Europe. Ce n’était donc pas des économies du « libre-échange»  mais plutôt des économies mixtes, dirigées, pour le moins assez éloigné du « consensus de Washington« .

Au milieu des années 1990, nous pouvons dire aujourd’hui sans être contredit que c’est sous la pression du FMI et de la toute nouvelle OMC que les gouvernements asiatiques acceptèrent d’ouvrir leurs secteurs financiers. Pour autant, ils préservèrent les lois qui mettaient leurs entreprises à l’abri des prises de contrôle étrangères et résistèrent aux pressions en faveur des privatisations.

Cependant, l’ouverture de leurs secteurs financiers engendra un déluge d’échanges de devises et d’investissements dans des effets de commerce. Pour beaucoup d’économistes actuels, les investissements spéculatifs légalisés essentiellement sous pression occidentale sont à l’origine de la panique boursière qui engendra crise asiatique de 1997.

Aujourd’hui, on sait que les organismes internationaux porteurs des valeurs et des dogmes occidentaux du plus strict libre échange on profité de cette crise pour éliminer les barrières commerciales qui protégeaient encore ces marchés asiatiques.

La crise de 1997 menaçait de vider la région de ses devises étrangères et donc menaçait de fermetures de nombreuses sociétés asiatiques qui n’avaient guère d’autres choix que de se vendre à des sociétés étrangères.

Le FMI entama tardivement des négociations (a-t-il laissé délibérément la situation se détériorer ?) avec les gouvernements asiatiques en difficulté.

Seule la Malaisie, en raison de son endettement relativement limité resta en-dehors de ces négociations (et aujourd’hui encore s’en sort plutôt bien).

Les autres, en contrepartie de considérables prêts du FMI acceptèrent de toutes aussi importantes compressions budgétaires dans le public, et acceptèrent de se débarrasser de toutes les protections touchant le commerce et l’investissement. Les États acceptaient de revenir à leurs fonctions purement régaliennes. Dans le même temps, les pouvoirs syndicaux s’affaiblirent considérablement et les États mirent fin à bien des acquis sociaux, généralement par la voie de d’urgence, sans débats parlementaires préalables et contre l’opinion publique.

Pour l’anecdote, notons que l’ancien ministre d’Augusto Pinochet, José Piñera, alors au Cato Institute de Washington (think-tank « libertarien« ) déclara à l’occasion de la crise asiatique : « La chute des tigres n’est rien de moins que la chute d’un deuxième mur de Berlin, la mort de l’idée selon laquelle il existe une ‘troisième voie’ entre le capitalisme libéral et l’étatisme socialiste» …

En fait, nous savons désormais que l’ampleur des réformes demandées par le FMI à des économies jugées saines jusqu’alors (et qui l’étaient) firent croire que la situation était réellement catastrophique aux investisseurs, et ceux-ci amplifièrent le mouvement de retrait, au lieu de revenir dans la zone.

Aujourd’hui, la plupart des responsables de ces pressions eux-mêmes admettent au minimum l’inefficacité des vagues de privatisations. On imagine que pour les populations touchées par la destruction des services publics et le délitement concomitant des structures sociales, l’inefficacité de ces systèmes mis en place de manière expéditive est une douloureuse ironie de l’histoire…

Jeffrey Sachs déclara : « Au lieu d’éteindre les flammes, le FMI a crié ‘Au feu !‘ en plein théâtre» . L’audit du Bureau indépendant d’évaluation du FMI (paru qu’en 2003) jugea les demandes du Fonds « mal avisées, exagérées et ne touchant pas au cœur du problème» .

Dès 2008, les pays asiatiques ont été très durement touchés par la crise. La Corée du Sud a un des taux d’endettement des ménages les plus élevés au monde.

Concernant le continent sud-américain, nous connaissons la complexité de sa relation avec les États-Unis. Dans certains États, on peut penser qu’ils y pratiquèrent un « néo-colonialisme»  comme le fit la France en Afrique par exemple. La plupart des Argentins affirment que le FMI participa à un affaiblissement très net de la puissance publique. Il est effectivement difficile de contester l’action dérégulatrice de l’organisation mondiale dans des États surendettés suite à des années de dictature (dettes qui n’ont jamais été annulées et qui avaient même été aggravées par l’augmentation en flèche des taux d’intérêt de la Fed).
Aujourd’hui, la très large majorité des États sud-américains sont réticents (voire carrément hostiles) vis-à-vis du FMI, y compris les principales puissances régionales (même celles de tendance réformiste) : Brésil, Argentine, Venezuela.

Là encore, leur développement (essentiellement celui du Brésil et de l’Argentine) est loin d’être du à un libre-échange absolu. On peut même considérer que la revalorisation du rôle de la puissance publique et la meilleure marche démocratique a été le meilleur outil d’un retour au développement.

Dans les années 1950, les économies du Chili, de l’Argentine, de l’Uruguay et de certaines régions du Brésil étaient qualifiées de « développementalistes» . C’est à dire qu’elles étaient réformistes, pragmatiques et réfléchies. Assez proche du keynésianisme, adapté à la spécificité locale.

Au lieu de miser sur l’exportation de leurs ressources naturelles (dont les prix étaient d’ailleurs à la baisse) vers l’Amérique du Nord et l’Europe, elles appliquaient une stratégie d’industrialisation à l’intérieur de leurs frontières. Ces États préconisaient la réglementation voire parfois la nationalisation, du pétrole, des ressources minières et d’autres secteurs clés comme moyens d’affecter un pourcentage plus élevé des profits à des programmes de développement gouvernementaux.

À cette époque se développèrent de puissants syndicats qui négocièrent des salaires intéressants. L’Argentine possédait la plus importante classe moyenne du continent, l’Uruguay avait un taux d’alphabétisation de 95% et offrait des soins de santé gratuits à l’ensemble de la population.

Mais ce système restait assez fermé aux grandes multinationales occidentales et les droits sociaux y étaient relativement importants. Dès lors et à partir des années 1960, la politique étrangère américaine changea et adopta une hostilité très nette à l’égard du « développementalisme» .

On connaît l’interventionnisme américain qui a suivi, ainsi que la prise de pouvoir de Augusto Pinochet au Chili qui adopta les mesures économiques de Milton Friedman (avec « l’école de Chicago»  et les « Chicago boys« ), l’arrivée d’autres dictatures ailleurs, etc.

Depuis quelques années, le Brésil et l’Argentine refusent d’ouvrir davantage leurs marchés aux producteurs du Nord sans que ces derniers adoptent la même ligne de conduite.
Face au modèle nord-américain de libre-échange (ALENA), les pays du Sud s’efforcent donc de consolider les marchés régionaux (Cône sud et marché andin) ou encore opposent avec « l’alternative bolivarienne pour les Amériques»  (ALBA) de Hugo Chavez (dont la pratique du pouvoir est par ailleurs sujette à de nombreuses controverses) une manière différente de concevoir l’intégration. Cette manière de faire retient particulièrement l’attention dans la mesure où elle prétend s’appuyer sur une approche coopérative qui vise à réduire les inégalités entre les pays (exemple en 2006 du Venezuela qui profita pleinement de ce rapport « coopératif»  en échangeant 90 000 barils de pétrole par jour contre l’expertise de plus de 20 000 médecins et enseignants cubains).

Au final, à partir de ces cas concrets et de nos expériences occidentales, on peut considérer que si le libre-échange serait évident dans un monde unifié et égalitaire, il se doit d’être régulé dans le cas contraire (le nôtre).

L’analyse de Paul Krugman sur l’avantage comparatif confirme ce point de vue. On pourrait même aller plus loin et rejoindre les travaux du « prix Nobel»  français Maurice Allais.

Il souligne que les conditions de ce qu’il appelle le « rendement social maximum»  sont souvent loin d’être appliquées. Les coûts sociaux et environnementaux de la transition peuvent être considérables et ne sont pas pris en compte dans les prix de vente. Si l’on ajoute des taux de change qui résultent davantage de décisions politiques (dans le cas de la Chine par exemple, comme j’avais pu l’écrire dans un article récemment) ou de mouvements financiers, les prix de vente à l’étranger ne reflètent pas les coûts de production et les avantages comparatifs n’ont plus guère de fondement objectif.

Au final, pour Maurice Allais, la loi des coûts comparatifs (qu’il appelle loi des coûts comparés) ne vaut que lorsque les conditions de rémunération des travailleurs sont similaires (taux de salaire, protection sociale, fiscalité, conditions de travail, etc.), permettant alors une spécialisation mutuellement profitable. Comme on en est loin, il préconise la mise en place d’unions régionales – par exemple l’Union européenne – au sein desquelles ces conditions seraient peu ou prou respectées, au moins en dynamique, chaque ensemble pratiquant ensuite un protectionnisme correctif vis-à-vis des autres ensembles, en fonction de l’écart constaté dans les conditions salariales.

Joseph Stiglitz, s’il ne prône pas de telles protections raisonnées, admet clairement que le libre-échange actuel a des effets majoritairement néfastes sur les pays du Sud. Il a pu constater que la libéralisation du commerce extérieur (et la privatisation des entreprises publiques estimées insuffisamment efficaces) promue par la Banque mondiale (et le FMI, dans le cadre du « consensus de Washington» , comme le montrent les exemples ci-dessus) a contribué fortement à la dégradation de la situation des groupes sociaux les plus fragiles.

« La mondialisation, ça ne marche pas» , conclut Stiglitz. Sans récuser le principe de l’ouverture des frontières, il préconise des politiques bien plus prudentes et bien moins libérales.

Dans un article de 2007 paru dans le mensuel Alternatives Économiques, on nous rappelle que, dans un tout autre domaine – l’agriculture – mais que l’on se doit d’évoquer (surtout après la crise alimentaire de l’an dernier), Marcel Mazoyer (un agroéconomiste français) a montré que l’échange international en matière agricole, en amenant à sacrifier certaines fractions de l’agriculture nationale, était générateur d’effets externes qui pouvaient être lourdement négatifs : destruction d’emplois, ensauvagement de larges portions du territoire, pollutions chimiques… Cela vaut surtout pour les pays du Sud, dans lesquels l’agriculture, malgré sa faible productivité, a le triple mérite de fournir de nombreux emplois (certes très mal rémunérés, mais permettant au moins de vivre de son travail), de réduire la ponction en devises (donc d’améliorer la capacité de ces pays à importer des biens d’équipement) et de maintenir des modes de production conformes à la durabilité. Autant d’apports qui justifieraient selon lui que les agricultures paysannes traditionnelles soient protégées des agricultures productivistes du Nord, qui les mettent à mal.

Nicolas Cadène

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